Alors que la prise de notes était assez agréable, et souvent, passionnante, le début de la rédaction des chapitres est...douloureux. Physiquement. J'ai un début de migraine, le ventre serré d'angoisse et je me venge sur mes lèvres. C'est dû au stress, parce que je m'efforce de faire du mieux possible, et que sincèrement, je n'arrive pas à voir si ce que je noircis sur le papier est "bien". Ce n'est peut-être pas plus mal d'ailleurs, si j'arrivais à me concentrer assez pour évaluer ce que je fais actuellement, j'ai l'impression que je deviendrais folle.
C'est difficile à gérer, cette envie, ce besoin, que tout soit parfait -ou le plus proche possible de la perfection, premièrement, parce que je ne sais pas par où commencer. Je vais me dire que le premier chapitre écrit est le plus dur, et je n'aurai même pas beaucoup de mal à m'en persuader. Il faut que je plante un premier texte qui me plaise assez (ou ne me déçoive pas assez) pour que je m'empêche de faire marche arrière, ce que j'ai envie de faire, et que mon angoisse me dit de faire.
Et si je n'y arrivais pas ?
Et si je n'étais pas assez forte pour ?
Si je ne trouvais pas les bons mots ?
Si j'oubliais quelque chose ?
Mais je ne veux pas, je refuse de reculer maintenant. A vrai dire, ça me dégoute. Je n'ai pas envie de perdre l'espèce de force de volonté que j'ai gagné récemment, et d'admettre une défaite et avec, la honte de ne pas être capable de me battre pour ce que je veux avec mes tripes. Je n'ai pas l'habitude qu'écrire soit quelque chose d'aussi douloureux, je ne m'étais jamais forcée à continuer un texte dans lequel je ne prenais pas de plaisir avant, je n'en avais aucune raison. Là, l'obstacle vient de l'angoisse. Je réalise que ce que je fais est important, pour moi, pour me prouver que je suis capable d'aller chercher au-delà de mes capacités et de donner tout ce que j'ai dans un seul but. C'est tellement important, que ça me fait peur. J'ai peur de sauter le pas, bêtement, parce qu'une partie de moi me répète que la chute sera haute et que ça fera mal.
Ca fera tellement plus mal si je n'essaye même pas. Si j'abandonne. J'aime ce que je fais, la seule chose qui m'empêche de l'apprécier maintenant est ma concentration, et la constance que demande le perfectionnisme. Si, à l'étape où j'en suis à présent, je donne moins que tout ce que je peux, je me rends compte que ça ne sera pas assez pour que ça "passe" et que j'aie mes repères pour appuyer la suite de l'écriture. Contrairement à d'habitude, je ne peux pas juste tourner le dos quand le texte ne prend pas une direction qui me plait d'entrée de jeu. A ce point, je suis obligée de rester devant ma page, à me creuser les méninges dans le vide s'il le faut, parce que je ne peux pas me permettre de perdre le rythme mécanique que le travail quotidien m'a apporté, et qui me permet de me tenir à mes objectifs.